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02/12/2014

Des nouvelles de Ta-Shima - Adriana Lorusso


Acheté en 2012 lors de sa publication aux éditions Ad Astra, ce recueil était injustement resté à prendre la poussière sur mes étagères jusqu'à ce que mon coup de coeur pour Drift de Thierry Di Rollo me redonne envie de lire du space-opera (bien que dans un tout autre style). Décryptage nouvelle par nouvelle...

L'Homme d'au-delà du soleil, raconte l'intégration d'un Terrien (couramment appelé "mangeur de cadavres") sur une nouvelle planète : Ta-Shima. Si chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage, on se demande ici qui de l'"indigène" ou du Terrien civilisé est vraiment le barbare. Plus qu'un questionnement sur l'Autre,  cette nouvelle est aussi bonne façon d'introduire les bases de la société ta-shimoda et les deux races qui la composent. 

Mutation spontanée, traite de l'eugénisme mis en place sur Ta-Shima pour optimiser le génome de ses habitants et mettre de côté ceux qui sont inutiles à la reproduction de l'espèce. La chute tout comme le point de vue enfantin rend la nouvelle encore plus douce-amère. Un thème qui m'a rappelé la nouvelle "Pompe Six" et ses trogs de P. Bacigalupi.

Miséricorde et pénitence, traite cette fois-ci ce la religion ou plus exactement de l'évangélisation des Asix par un jeune moine missionnaire et idéaliste. Nourri de préceptes prônant la miséricorde, la charité... ce moine va devoir se confronter à la réalité de la vie mais aussi celle de l'Église pour qui seul compte le profit, jusque dans le commerce des âmes.

Les Asix font du tourisme, prend le point de vue d'un équipage Asix en permission sur notre planète. Là encore, notre mode de vie en prend pour son grade et paraît bien bizarre comparé au bon sens ta-shimoda. Sympa. 

L'animal de compagnie n'a par contre pas grand intérêt. C'est gentillet et ça ne nous en apprend pas plus sur Ta-Shima. Bof.

La fin du monde clôt ce recueil sur une note (finalement) optimiste. En effet, alors que les "mangeurs de cadavres" terriens s'apprêtent à envahir Ta-Shima, la population sort les grands moyens pour les contrer coûte que coûte... Au risque d'aller à l'avant d'un génocide. Mais au vu des nouvelles précédentes, on se doute rapidement des méthodes utilisées par les Shiro pour préserver leur savoir et la population. Spoiler : l'Histoire continue !

Un peu à l'instar de La Petite Déesse sur la forme, Des nouvelles de Ta-Shima nous permet d'explorer différentes facettes d'une même société/planète qui n'avaient peut-être pas été développées dans les trois autres romans appartenant à cet univers. De plus, son style quasi-ethnologique, n'est pas non plus sans rappeler le très recommandable Cycle de Lanmeur écrit par C. Léourier.

En bref, si cette lecture n'est pas un coup de cœur,  principalement dû au manque d'aboutissement de certaines nouvelles, elle est assez intéressante pour me donner envie de creuser un peu plus cet intrigant univers ta-shimoda. A suivre donc...

Ils l'ont aussi lu : Julien, Lelf

21/07/2014

Drift - Thierry Di Rollo


Dwain Darker est un jeune des cités-poubelles, désertées par les riches après une apocalypse rarement évoquée mais qui trouve une réponse simple, la stupidité couplée à la suffisance de l'homme. Abandonné à son sort, avec une espérance de vie limitée, il arrive tant bien que mal à se débrouiller, zigzaguant entre les cadavres et les rats. Une vie bien triste qui s'annonce pour Darker au sein de MorneVille (cela ne s'invente pas) que va pourtant égayer Kenny, une mignonne blondinette prête à braver tous les interdits à ses côtés.

Darker l'a elle et le frisson que lui procure le fait de braver le jour ; et ça lui suffit. Jusqu'à que tout cela lui soit retiré, brutalement, dans la souffrance mutuelle de deux corps meurtris dans la chair, pour l'un, et dans l'âme pour l'autre. Pour ne pas sombrer en même temps que le monde qui l'a vu naître, Darker trompe le temps et la mort pour essayer tout au moins, de résorber la douleur indicible si non l'oublier.

"We only said goodbye with words, I died a hundred times ... And I go back to black"

Vivre plus longtemps, frôler l'immortalité n'y changera rien, il retrouve sans cesse son visage, dans le froncement de sourcils d'une femme ou par le biais d'un paradis artificiel que lui propose le Paradoxe, un monde virtuel. L'ombre de Kenny reste omniprésente, le suivant où qu'il aille, marchant dans ses pas, inexorablement.

Plus que le  space-opera que nous vend la 4e de couverture, je retire surtout de ce roman la puissance émotionnelle qu'arrive à transmettre l'auteur sur l'amour entre Kenny et Darker : la douleur de la perte et la quête éternellement infructueuse de ce qui n'est plus. Pour autant, il ne faut pas réduire ce roman à cette "seule" histoire d'amour, car j'en retire tout autant le constat qu'il dresse de notre espèce, quand le Drift arrive enfin à destination par exemple. Un constat accablant qui prouve une fois encore que l'Histoire ne donne pas de leçon, que notre bêtise nous fait foncer droit dans le mur et que quand nous le réalisons, il est déjà trop tard.

Certains pourraient dire de Thierry Di Rollo qu'il est pessimiste. De mon côté, je crois plutôt qu'il est simplement réaliste, douloureusement clairvoyant sur la nature profonde de l'Homme, par nécessité peut-être. En effet, on n'est jamais déçu si on ne se fait pas d'illusions, si on n'a pas d'espoir. L'espoir fait vivre mais l'espoir tue aussi, parfois. 

Un roman d'une beauté vénéneuse. 

Ils l'ont aussi lu (et grandement apprécié) : Angua, BlackWolf, JMB-SF