Affichage des articles dont le libellé est Littérature "générale". Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Littérature "générale". Afficher tous les articles

21/10/2014

La nuit commencera - Thierry Illouz


A la lecture du synopsis, comment ne pas penser au génial, extraordinaire [...] Il faut qu'on parle de Kevin qui m'a marqué au fer rouge, pas tellement par l'histoire mais par la finesse de l'auteure à retranscrire les sentiments de la mère. Bref, j'ai tout de suite vu en ce roman la préquelle d'Il faut qu'on parle de Kevin, relatant la partie manquante du procès. Fort de cette idée, l'atterrissage n'en a été que plus difficile !

Récit d'un meurtre et de ses conséquences, Thierry Illouz raconte en moins de 200 pages le calvaire d'une mère face à la sentence de son fils. La culpabilité surtout, comme si elle même était mise au banc des accusés, complice pour n'avoir pas su donner à son enfant la bonne éducation, le bon environnement familial... Une sentence qui est donc partagée par cette mère accablée par le chagrin, vivant la peine de son fils comme une sorte de mort, forcée d'en faire le deuil.

Annoncé de cette façon, tout paraît bien dans le meilleur des mondes. Malheureusement, j'ai trouvé que ce roman manquait d'émotions, de finesse, n'arrivant pas à retranscrire les sentiments pourtant multiples et vraisemblablement intenses de cette mère. J'ai donc lu ces pages sans être touchée par leur propos alors même que l'on sent que l'auteur veut faire partager un peu de ce qu'il a vécu, après toutes ces années dans le milieu judiciaire.

Et puis, il y a l'impression que l'auteur en fait trop. Prises une à une, les phrases "sonnent" bien et sont joliment tournées mais mises bout à bout, ce trop plein de style s'avère fatigant et prend le pas sur le fond des phrases. Un langage trop verbeux qui forme une sorte de barrière entre le lecteur et l'(anti-)héroïne et qui participe à cette froideur.

D'un roman au fort potentiel, l'auteur a construit ici un récit vide d'émotions ; à aucun moment je ne me suis sentie impliquée dans le récit pourtant si tragique de cette mère et son fils criminel. Une lecture un peu vaine et vite oubliée. Tout le monde ne s'appelle pas Lionel Shriver et c'est bien dommage...

17/10/2014

Enfer Clos - Claude Ecken

 
La fin de la seconde guerre mondiale a sonné et il est maintenant temps pour la société française anciennement collabo de se refaire une beauté ; montrer à tous que la France ne trempe dans ce genre de "choses" et punit sévèrement ceux qui contreviennent à cette idée. C'est justement pour fuir ces chasses à l'homme, l'avilissement et la honte qui suivent la tonte et parfois le viol des "salopes" ayant couché avec l'ennemi, que quatre frères et sœurs décident de s'emmurer volontairement dans une maison isolée et de se couper du monde extérieur.
 
S'ensuit un enfermement de près de quarante ans, une lente et terrible auto-destruction sur fond de conflits fraternels dont la violence dépasse l'entendement. On aimerait ne pas avoir à y croire, bercé par l'illusion que tout cela n'est que fictif, mais la quatrième de couverture nous rappelle brusquement à la réalité. La fin est d'ailleurs d'une ironie macabre quant au voyeurisme et à la passivité mêlée d'une population qui sait (ou suppose) mais ne dit rien puis passe à autre chose comme un page qu'on tourne.

"Comment avaient-ils réussi à descendre si bas sur l'échelle de l'humanité ? Il n'y avait pas d'explication. Il n'y avait jamais de motifs aux enfers qu'on se forge. Seulement des prétextes."

Condensant en moins de 150 pages l'étendue de la folie humaine, Claude Ecken nous plonge dans un huis-clos sordide où chaque page apporte son lot d'atrocités : viol, sadisme, perversion, inceste, torture... qui laisseraient pantois E. Zola lui-même devant tant de cruauté.

Un cauchemar qui prend vie sous la plume aseptisée d'Ecken et nous fait suffoquer d'horreur, comme si les murs de ce huis-clos se renfermaient sur nous pour nous y enterrer vivant. Traumatisant.

Ils l'ont aussi lu : Gromovar, Cornwall


20/08/2014

Anima - Wajdi Mouawad


Anima. Ce titre claque sur le papier, mot à double tranchant et, par conséquent, à double signification. Anima, mot mystérieux qui se veut à la fois âme et animal, dont l'on mesure l'importance et l'entièreté de ce que cela suppose au fil des pages. En effet, ce roman porte sur l'importance des mots, des noms, de ce que cela dit de nous, un passage tortueux vers notre identité, notre âme. 

       "Le monde est vaste, mais les humains s'entêtent à aller là où leur âme se déchire"

Tout commence par le meurtre et le viol, d'une barbarie inouïe, de la femme du personnage principal : Wahhch Debch. Une découverte macabre suivie d'un rapport du légiste nauséabond, qui font s'effondrer le monde sous ses pieds, le meurtrissent et le déchirent, corps et âme en lambeaux. Une descente aux Enfers dont seule la rage bestiale de Wahhch lui permet de se tenir encore "debout bien que blessé".

Bien plus qu'une quête pour retrouver le meurtrier de son âme-soeur (qui est connu dès les premières pages), ce roman nous raconte, par un déroutant mais habile stratège de l'auteur, la quête identitaire de Wahhch Debch qui le mènera à ses origines, jusqu'à la révélation ultime qui glace le sang et libère la colère animale, monstrueuse, qui sommeille en lui, mais aussi en chacun de nous.

"Souvent, les humains s'auréolent du vert de la peur ou du jaune du chagrin et quelquefois de teintes plus rares : le safran du bonheur ou le turquoise des extases. Celui-là, fatigué, épuisé, englouti par l'opacité opaline du chemin, exhale, depuis le centre de son dos, le noir de jais, couleur de la dérive et des naufrages, apanage des natures incapables de se départir de leur mémoire et de leur passé."

Un roman magistral, monstre littéraire, qui nous met le coeur au bord des lèvres, nous éviscère et fouaille douloureusement au plus profond de nous-mêmes, touchant à ce qui fait notre identité. Une véritable blessure littéraire, comme un coup de poignard dans l'âme, dont l'on ne peut sortir indemne. Un chef d'œuvre !

Sophie Jodoin

06/08/2014

La Fin d'Alice - A. M. Homes


"Il" purge une peine pour viol sur mineur(e) depuis 23 ans dans la prison de Sing Sing. "Elle" est une étudiante banale, à qui les parents font confiance, mais qui ressent une irrésistible attirance pour les garçons pré-pubères et n'hésite pas à passer à l'acte. Tous deux, on ne connaîtra jamais leurs prénoms, sont des pédophiles. Pendant plusieurs semaines (mois ?), ils vont correspondre, s'échanger leurs souvenirs et leurs techniques pour appâter les enfants.

Œuvre ayant suscité la polémique aux USA, elle n'est sortie en France qu'en 2011. Une parution décalée en raison de l'affaire Dutroux, afin de ne pas risquer d'être accusée de faire l'éloge de la pédophilie à un moment si sensible sur le sujet. Ce roman (court pourtant) est lourd, suffocant, autant par les scènes que par l'écriture de l'auteure. Peut-être par envie de se démarquer et de se dépasser, elle en rajoute beaucoup. Trop.

Pour compliquer le tout (entre deux nausées), les souvenirs du pédophile incarcéré sont embrouillés et passent du présent au passé, de son expérience personnelle à celle de sa mystérieuse admiratrice. Des égarements et spéculations qui nous font parfois douter de la véracité même de ses souvenirs voire de l'existence de sa correspondante qu'il se serait imaginée pour mieux piéger le lecteur. 
 
"Le vrai enjeu de la pédophilie ou de la monstruosité, c'est le silence. On passe beaucoup de temps à refuser la réalité de tel ou tel événement de la vie comme de la fiction. En fait, cela n'a rien à voir avec la vérité, seulement avec notre petit confort."
 
Loin d'être une lecture de plage, La Fin d'Alice nous place dans la position inconfortable du voyeur, complice des crimes commis par le narrateur (Humbert Humbert moderne) et sa correspondante. Profondément dérangeant et pervers jusqu'à la nausée, ce roman n'est pas à placer entre toutes les mains et marque négativement celui qui fait l'effort de le lire jusqu'au bout. On lui préférera largement dans le traitement de la pédophilie le classique Lolita de Nabokov mais surtout (imho) Tigre, Tigre de Margaux Fragoso.

A déconseiller.