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24/10/2014

Deuxième personne du singulier - Daryl Gregory

 
Thérèse est une jeune fille décédée d'une overdose de Z(en) deux ans auparavant. Enfin, presque morte, vu qu'elle sort finalement de son coma de "zombitude" mais avec beaucoup de difficultés à se rappeler son passé. Et c'est là que commence réellement son very bad trip !
 
Etrangère à son propre corps et à l'image que les autres lui renvoient de la personne qui, en quelque sorte, partageait son corps précédemment mais n'existe désormais plus. Difficile quand on doit retourner vivre chez des parents que l'on ne connaît pas...
 
Plus que l'histoire de Thérèse, c'est la problématique de l'identité qui est ici mise en avant, le fait d'être à la fois même (physiquement) et différent (mentalement). C'est en tout cas intelligemment traité et expliqué, l'auteur sortant encore une fois des sentiers battus de façon à aborder un sujet potentiellement vu et revu avec originalité. J'espère donc que les éditions du Bélial' continueront à nous faire découvrir l'étendue de son talent !

Seul bémol, mais pas des moindres, la fin est vraiment décevante et tombe comme "un cheveu sur la soupe", faisant un peu tache comparé au reste de la nouvelle. Dommage mais pas de là à remettre en question la nouvelle entière.
 

17/10/2014

Enfer Clos - Claude Ecken

 
La fin de la seconde guerre mondiale a sonné et il est maintenant temps pour la société française anciennement collabo de se refaire une beauté ; montrer à tous que la France ne trempe dans ce genre de "choses" et punit sévèrement ceux qui contreviennent à cette idée. C'est justement pour fuir ces chasses à l'homme, l'avilissement et la honte qui suivent la tonte et parfois le viol des "salopes" ayant couché avec l'ennemi, que quatre frères et sœurs décident de s'emmurer volontairement dans une maison isolée et de se couper du monde extérieur.
 
S'ensuit un enfermement de près de quarante ans, une lente et terrible auto-destruction sur fond de conflits fraternels dont la violence dépasse l'entendement. On aimerait ne pas avoir à y croire, bercé par l'illusion que tout cela n'est que fictif, mais la quatrième de couverture nous rappelle brusquement à la réalité. La fin est d'ailleurs d'une ironie macabre quant au voyeurisme et à la passivité mêlée d'une population qui sait (ou suppose) mais ne dit rien puis passe à autre chose comme un page qu'on tourne.

"Comment avaient-ils réussi à descendre si bas sur l'échelle de l'humanité ? Il n'y avait pas d'explication. Il n'y avait jamais de motifs aux enfers qu'on se forge. Seulement des prétextes."

Condensant en moins de 150 pages l'étendue de la folie humaine, Claude Ecken nous plonge dans un huis-clos sordide où chaque page apporte son lot d'atrocités : viol, sadisme, perversion, inceste, torture... qui laisseraient pantois E. Zola lui-même devant tant de cruauté.

Un cauchemar qui prend vie sous la plume aseptisée d'Ecken et nous fait suffoquer d'horreur, comme si les murs de ce huis-clos se renfermaient sur nous pour nous y enterrer vivant. Traumatisant.

Ils l'ont aussi lu : Gromovar, Cornwall


29/08/2014

L'Éducation de Stony Mayhall - Daryl Gregory


John "Stony" Mayhall pourrait être un adolescent comme les autres, à l'exception peut-être du fait qu'il ne respire pas, que sa peau est grise et froide et qu'aucun sang ne coule dans ses veines. C'est un zombie me direz-vous alors ? Oui, mais pas un zombie comme les autres. Car l'auteur réussit bien à détourner l'image populaire du zombie écervelé et paradoxalement mangeur de cervelle en faisant de Stony un être humain sensible et sensé, personnage très attachant que l'on suit sur plusieurs décennies, de la non-vie à ... la non-vie.

Tout d'abord, le contexte, s'il n'est que peu évoqué, est important pour comprendre la suite de l'histoire. A la fin des années 60 a eu lieu la première vague d'épidémie zombiesque et près de 70 000 personnes furent contaminées puis abattues par le gouvernement américain. Depuis, des équipes de Fossoyeurs traquent les zombies solitaires qui auraient échappés à l'extermination, de peur d'une nouvelle épidémie qui éradiquerait tous les "souffleux" de la Terre.

C'est dans ce contexte de chaos et de peur que la famille Mayhall recueille un nouveau-né, apparemment mort de froid dans la neige. Attention, vous ne trouverez pas ici de scènes gores, de corps explosés viscères à l'air comme nous en régale souvent la série de comics Walking Dead. Mais ce n'est pas plus mal car l'une des grandes qualités de ce roman est qu'il arrive à sublimer le banal quotidien d'une famille (presque) normale grâce à des personnages authentiques dont les comportements sonnent tellement vrais qu'ils en paraissent réels, palpables. Un huis-clos à la fois chaleureux et oppressant, qui exacerbe les émotions des personnages et la façon dont nous - lecteurs - les ressentons. Un début très réussi !

Après cette première partie sur l'enfance/adolescence de Stony que l'on pourrait qualifier de classique, l'histoire prend une tournure différente, bien plus déjantée, jouant avec les codes du genre pour mieux les contourner. On en apprend aussi plus sur la nature des zombies et leur psychologie, une communauté à part avec des caractéristiques qui lui sont propres : croyances, revendications, espoirs et dissensions. Un savant dosage de fun, d'humour noir MV (comprendre Mort-Vivant) et de suspens mais aussi de scènes à l'atmosphère plus sombre, parfois dramatique.


"Ces souffleux [...] ont hâte de voir la fin du monde débouler. Pourquoi tu crois qu'ils font tant de films là-dessus ? C'est leur putain de fantasme. Ils meurent tous d'envie de voir la civilisation brûler, les lois partirent en fumée. Ils veulent que les monstres attaquent. Tu sais pourquoi ? Parce qu’alors, ils auront une bonne excuse pour faire ce qu'ils ont toujours voulu faire : descendre leur prochain."

Mais après une montée en puissance qui se conclut par un passage à Deadtown, la dernière partie du roman se révèle être la moins satisfaisante. Une fin qui parait pourtant inévitable vu le cours des événements mais traitée ici d'une manière trop conventionnelle, tranchant sensiblement avec le reste du récit qui semblait pourtant vouloir se détacher des règles tacites du genre post-apo zombie. Une fin qui m'a donc laissée un peu sur ma faim, sans toutefois entamer la qualité globale du roman.

Autre petit regret, tout l'aspect médical et scientifique à propos de la nature des zombies, leur origine et leur métabolisme est bâclé sur la fin alors que ces recherches et "essais cliniques" sont évoqués tout au long du roman et plus particulièrement dans la troisième partie. Une petite déception compte tenu du caractère hautement passionnant de ce morceau d'intrigue, resté malheureusement en friche.

Malgré une baisse de tension à la toute fin, L'Éducation de Stony Mayhall reste un roman qui se dévore d'une traite et nous tient en haleine du début à la fin, alternant avec habileté humour et émotion, passant du rire aux larmes. Grâce à une écriture très fluide et rythmée, quasi cinématographique, ce roman nous happe dès les premières pages. Mais plus qu'un excellent page-turner c'est aussi une réflexion sur la condition humaine, la différence et le rapport à l'autre. J'en reprendrai d'ailleurs bien un morceau, pas vous ?

21/07/2014

Drift - Thierry Di Rollo


Dwain Darker est un jeune des cités-poubelles, désertées par les riches après une apocalypse rarement évoquée mais qui trouve une réponse simple, la stupidité couplée à la suffisance de l'homme. Abandonné à son sort, avec une espérance de vie limitée, il arrive tant bien que mal à se débrouiller, zigzaguant entre les cadavres et les rats. Une vie bien triste qui s'annonce pour Darker au sein de MorneVille (cela ne s'invente pas) que va pourtant égayer Kenny, une mignonne blondinette prête à braver tous les interdits à ses côtés.

Darker l'a elle et le frisson que lui procure le fait de braver le jour ; et ça lui suffit. Jusqu'à que tout cela lui soit retiré, brutalement, dans la souffrance mutuelle de deux corps meurtris dans la chair, pour l'un, et dans l'âme pour l'autre. Pour ne pas sombrer en même temps que le monde qui l'a vu naître, Darker trompe le temps et la mort pour essayer tout au moins, de résorber la douleur indicible si non l'oublier.

"We only said goodbye with words, I died a hundred times ... And I go back to black"

Vivre plus longtemps, frôler l'immortalité n'y changera rien, il retrouve sans cesse son visage, dans le froncement de sourcils d'une femme ou par le biais d'un paradis artificiel que lui propose le Paradoxe, un monde virtuel. L'ombre de Kenny reste omniprésente, le suivant où qu'il aille, marchant dans ses pas, inexorablement.

Plus que le  space-opera que nous vend la 4e de couverture, je retire surtout de ce roman la puissance émotionnelle qu'arrive à transmettre l'auteur sur l'amour entre Kenny et Darker : la douleur de la perte et la quête éternellement infructueuse de ce qui n'est plus. Pour autant, il ne faut pas réduire ce roman à cette "seule" histoire d'amour, car j'en retire tout autant le constat qu'il dresse de notre espèce, quand le Drift arrive enfin à destination par exemple. Un constat accablant qui prouve une fois encore que l'Histoire ne donne pas de leçon, que notre bêtise nous fait foncer droit dans le mur et que quand nous le réalisons, il est déjà trop tard.

Certains pourraient dire de Thierry Di Rollo qu'il est pessimiste. De mon côté, je crois plutôt qu'il est simplement réaliste, douloureusement clairvoyant sur la nature profonde de l'Homme, par nécessité peut-être. En effet, on n'est jamais déçu si on ne se fait pas d'illusions, si on n'a pas d'espoir. L'espoir fait vivre mais l'espoir tue aussi, parfois. 

Un roman d'une beauté vénéneuse. 

Ils l'ont aussi lu (et grandement apprécié) : Angua, BlackWolf, JMB-SF