13/08/2014

Lune sanglante - James Ellroy


Lloyd Hopkins pourrait être un flic de L. A. normal : gras, corrompu, misogyne et raciste. Au lieu de cela, il poursuit un idéal que l'on pourrait presque qualifier de romantique : "traquer la laideur et essayer de la remplacer par son amour à lui, de cette espèce qui glace et engourdit". Un flic pas comme les autres donc, qualifié de "génie" mais aussi de "fou" par ses pairs, qui se voue jour et nuit à la poursuite du mal incarné, au détriment le plus souvent de sa femme et ses deux filles.

Pour cette première aventure du sergent Hopkins, James Ellroy ne ménage pas son lecteur (c'est le moindre que l'on puisse dire) et nous met KO avant même la fin du premier round. Des premières pages chargées de violence et de haine, de bruit et de fureur, récit d'un traumatisme qui nous est essentiel pour cerner la psychologie du serial killer qui sévit à Los Angeles : un tueur de femmes obsessionnel et particulièrement méticuleux, sans modus operandi précis, que rien ne semble arrêter.

"Il y avait du sang dans l'air, et la vertu nihiliste serait la logique qui prévaudrait cette nuit."

Débute alors une traque mutuelle entre notre (anti-)héros et le tueur, un combat épique de deux êtres d'une intelligence rare que tout semble opposer. En réalité, deux personnes meurtries dont les traumatismes les ont orientés différemment et qui illustrent bien le cliché que : "Certains sont conditionnés pour devenir des tueurs et d'autres conditionnés pour les attraper." (dixit Aaron Hotchner dans Esprits Criminels).

Servi par une écriture intelligente, à la fois poétique et violente, au service d'une description sans fard ni illusions de notre inhumaine (ou plutôt trop humaine) humanité, Lune sanglante est un roman qui nous bleuît l'âme et nous poisse les mains !

4 commentaires:

  1. Réponses
    1. Vraiment du très haut niveau. D'ailleurs, j'ai bien l'intention de continuer sur ma lancée avec le Dahlia Noir.

      Supprimer
  2. Notre "flic de service", Lloyd Hopkins, est le anti-héro de la "trilogie" de James Ellroy.
    Il est, selon moi, l'archétype du preux chevalier en quête de justice et de vérité ; mais il est également terriblement humain et partage certains points communs avec son tueur en série.
    Un premier opus "coup de poing", haletant, sanglant, dans un Los Angeles en perdition. Un polar haut de gamme.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Effectivement, c'est très bon et ça nous prend aux tripes !

      Supprimer